Le discours magique et la sophrologie
Beaucoup fuient la responsabilité de leur vie dans la superstition, les gourous et les sectes. La sophrologie, à l'inverse, libère l'individu en lui redonnant confiance, lucidité et plein pouvoir sur sa propre existence.
Écrit par Ghylaine Manet le 27 Avril 2026
La difficulté de diriger sa propre vie désoriente beaucoup de personnes. Elles font souvent appel à la chance, à la superstition, ou à ceux qui « savent » : gourous, astrologues et diseuses de bonne aventure, qui sont légion.
On est frappé d’apprendre que tel homme éminent, sérieux et cultivé, occupant par ailleurs un poste à responsabilités, se fie à des personnes qui détiendraient les clefs de ses problèmes, et parfois même de son avenir. Beaucoup consultent un « voyant » pour fixer la date d’un mariage, choisir le meilleur jour pour un voyage, entamer un recours juridique, ou encore connaître le résultat d’une élection ou la fin d’une grève.
« J’y crois parce que ça marche ! » disent-elles.
Toutes les civilisations ont eu recours à la pensée magique. Ce n’est pas un argument pour dire que c’est juste, cela prouve seulement que l’homme est fragile. Même adulte, il reste prisonnier de son passé et de ses peurs, qui tirent leur source de notre héritage collectif. Nous nous savons à la fois animal et humain, ange et bête. Nous reconnaissons humblement qu’il est bon de croire que « ça marche ».
Puisque la suggestion est une force, celle-là en vaut bien une autre. Ces personnes acceptent de juguler leurs angoisses par des objets fétiches, des numéros et dates porte-bonheur, des gris-gris de toutes sortes. Elles admettent que l’habitude de visiter les marchands d’espoir qui dirigent leurs choix n’est pas plus néfaste que celle qui consisterait à s’en remettre à elles-mêmes pour diriger leur propre vie.
Il serait peut-être temps de s’analyser et de prendre conscience de sa propre force, au lieu d’utiliser un placebo qui, comme tel, peut s’enorgueillir de 30 % d’efficacité — le pourcentage de réussite que l’on attribue à un verre d’eau pris pour un analgésique.
Quand l’individu est incapable de réfléchir et de diriger sa vie, il s’achète une idée venue d’un cabinet de parapsychologie ou joue à pile ou face. La superstition utilise cette tendance naturelle à refuser que quelque chose se produise sans cause, en dehors de toute responsabilité, hormis celle du destin.
Elle établit des liens en supprimant une partie de l’univers du sujet, en ne gardant que ce qui peut l’arranger dans son organisation personnelle. On n’entend que ce que l’on veut entendre, on ne voit que ce que l’on veut voir, on ne reçoit que ce qui correspond à notre demande.
Nous oublions que les porteurs de sens sont soumis aux mêmes difficultés que nous-mêmes. L’ambiguïté de leur message leur permet de n’avoir jamais tout à fait tort. Le consultant prend et n’entend inconsciemment que ce qui l’arrange.
En Grèce, au Ve siècle avant J.-C., le temple d’Apollon à Delphes ne désemplissait pas. On venait y consulter la Pythie qui rendait des oracles. Pourtant, une autre voix s’élevait non loin de là : celle de Socrate, le père des philosophes, qui invitait à une autre recherche :
« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. »
Alors que la science fait de grands pas dans tous les domaines, la pensée irrationnelle et magique se développe tout autant. Parapsychologues, guérisseurs, maîtres des énergies de tous horizons et sectes offrent leurs services à une humanité souffrante et errante, à la recherche d’un sens.
La sophrologie, antidote des sectes
La sophrologie opère le chemin inverse et s’avère, dans son essence, un antidote des sectes.
Si certaines sectes utilisent des techniques de relaxation sophronique, ce n’est que pour apaiser le trouble de leurs adhérents dans un premier temps, puis faire passer des messages qui ne viennent pas d’un véritable échange, mais qui servent à ancrer des pensées toutes faites : « Ma vie est avec vous, le monde va à sa perte, ici je suis protégé(e) ».
La sophrologie, au contraire, vous aide à affirmer ce que vous pensez, à n’accepter aucun dogme. Vous gardez toujours le pouvoir sur vous-même. Le sophrologue n’est ni un gourou, ni un directeur de conscience, ni un juge. Il aide à trouver le chemin, il accompagne la personne jusqu’à ce qu’elle puisse marcher seule.
Les messages induits sont travaillés en accord avec la personne : c’est le contraire d’un lavage de cerveau. Les techniques conditionnées détruisent les pensées négatives, neutralisent les effets traumatisants et redonnent confiance en soi, dans l’action et dans la communication avec autrui.
Ce n’est pas une fermeture sur un monde clos, mais une ouverture vers toute la richesse du monde et d’autrui. Vous vous construisez vous-même, vous nettoyez votre cerveau des phrases toutes faites qui l’encombrent.
Votre but, c’est votre propre libération : celle des images successives qui ont jalonné votre formation et dont le langage est le véhicule. La sophrologie commence après la phase de relaxation et d’apaisement. Elle est le levier de toute reconstruction de soi.
Elle apporte la lucidité sur votre propre fonctionnement et le retour à la direction de votre propre vie, grâce à la reconnaissance du libre arbitre, qui est l’apanage de l’être humain.
Le sophro-analyste n’a pas d’autre propos que la libération de l’individu afin qu’il soit apte à diriger lui-même sa vie pour son propre épanouissement. Cela ne lui donne pas le droit de légiférer la vie des autres : chacun fait un chemin personnel.
